14 juillet 1914 : Une fête nationale en trompe-l’oeil

L’émotion provoquée par l’attentat de Sarajevo semble être vite retombée. Les grands quotidiens en ont encore parlé pendant quelques temps, puis l’information a disparu de la une. D’autres sujets font désormais la première page des journaux.

Des sujets sérieux, d’abord. On parle du naufrage du sous-marin Calypso, des affaissements de terrain qui se produisent régulièrement dans le gruyère parisien, des évènements au Mexique, au Maroc et en Irlande. On parle vote de la semaine anglaise (suppression du travail le samedi après midi) et instauration de l’impôt sur le revenu.

Des sujets légers, ensuite : Londres-Paris-Londres en aéroplane, le Tour de France, les fêtes données à Guernesey à la mémoire de Victor Hugo, et la fête nationale, bien sûr. Il fait beau, il fait chaud, l’insouciance semble régner en France.

Paris danse 14 juillet 1914Le Petit Parisien, 14 juillet 1914 (Gallica)

A Paris, on danse. Et pourtant. L’inquiétude pointe régulièrement le bout de son nez. Une inquiétude qui est dirigée contre un pays en particulier : l’ennemi, c’est l’Allemagne. Une inquiétude qui va notamment prendre la forme d’un rapport effectué par Charles Humbert, rapporteur de la commission de l’armée. Un rapport qui dénonce une véritable gabegie militaire. Bientôt, la question des dépenses de l’armée fait la une de tous les journaux.

Rapport HumbertL’Aurore, 15 juillet 1914 (Gallica)

Dans son rapport, Charles Humbert s’attaque au gaspillage et à la désorganisation militaire, qui auraient englouti des millions en pure perte. Vétusté du matériel militaire, provisions insuffisantes pour nourrir Paris, pas assez d’essence ou de pièces de rechange pour les véhicules, insuffisance des munitions, instruction militaire défaillante, fortifications non adaptées à l’artillerie moderne, canons, mortiers et obusiers dépassés, fusil parmi les plus anciens et les moins perfectionnés d’Europe, absence de possibilité pour les forts de communiquer entre eux pour faire converger leurs feux,… A la veille de la Première Guerre mondiale, la situation décrite par Charles Humbert semble plus que préoccupante.

Le rapport donne également quelques exemples frappants. Il a ainsi fallu quatorze ans pour régler la question des uniformes. Un hangar de dirigeables a été construit à Verdun, mais la question a été mal étudiée : les appareils risquent à chaque entrée ou sortie de se déchirer contre les maisons alentours (tiens, tiens, cela ne vous rappellerait pas certains trains ?). On manque cruellement de camps d’instruction : « Si tout va bien, nous aurons en 1918 la moitié de ceux qu’il nous faut », affirme-t-il. En 1918, la France sortira de quatre années de guerre…

L’exemple qu’a particulièrement retenu la presse, c’est celui des chaussures. Il en manque pas moins de deux millions de paires. « En attendant, si la guerre était déclarée, nos fantassins partiraient avec une paire de chaussures aux pieds, dans le sac, une demi-paire de godillots fabriqués il y a trente ans ». L’Allemagne, elle, appuie Charles Humbert, a d’ores et déjà trois paires de chaussures pour chaque soldat, plus une en confection.

Rapport Humbert caricatureLe Rappel, 16 juillet 1914 (Gallica)

L’Allemagne. C’est toujours à elle qu’on en revient. C’est comparé à elle que se font toutes ces critiques. L’Allemagne, elle, a adapté ses fortifications à l’artillerie moderne. L’Allemagne, elle, dispose des armes les plus sophistiquées. Notre infériorité matérielle est inquiétante, notre budget est insuffisant (ou à tout le moins mal utilisé). Aura-t-on le matériel nécessaire le jour voulu ?

Car oui, en ce début de deuxième quinzaine de juillet, on s’inquiète. A l’heure où les socialistes français et allemands manifestent ensemble le 14 juillet à Condé-sur-Escaut, à l’heure où ils envisagent une « grève générale et simultanée » dans les différents pays d’Europe en cas de guerre, le vieux démon européen est sur le point de se réveiller.

Poincaré, en voyage en Russie, réitère les liens entre les deux pays. On annonce, avec deux bonnes années d’avance, l’assassinat de Raspoutine. Les journaux autrichiens, qui avaient un temps calmé leurs ardeurs, repartent de plus belle. Il y a des bruits d’attaque sur les Autrichiens de Belgrade. On murmure que la mobilisation serait ordonnée en Autriche, en Serbie, et en Italie. Des rumeurs. Suivies de démentis. Mais qui montrent bien que la tension grandit en Europe.

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