Complexe implexe

Malgré des apparences trompeuses, cet article est garanti sans substances illicites.

Au départ, cet article devait s’appeler « Cullin, Lairot, Lairot, Cullin… sortez-moi de là ! » Mais cet appel au secours étant plutôt long, et pas forcément parlant pour tout le monde (bon, d’accord, pour personne, mis à part moi), j’ai décidé de le renommer. Complexe implexe, c’est court, et en plus ça rime. Vous l’avez donc deviné, nous allons parler d’implexe.

Mais d’abord, qu’est-ce qu’un implexe ? Un implexe, c’est tout simplement un doublon (voire un « triplon », ou plus si affinité) : une personne qui apparaît plusieurs fois dans votre généalogie.

Théoriquement, nous doublons notre nombre d’ancêtres à chaque génération : deux parents, quatre grands-parents, huit arrière grands-parents, etc… Mais ça, c’est de la très, très, très grosse théorie.

Calculons plutôt… En admettant qu’une génération dure trente ans (globalement, c’est la moyenne entre deux ancêtres dans ma généalogie), au bout de trois cents ans, vers 1700 nous aurions 2^10, soit 1024 ancêtres appartenant à la dixième génération. Bon, cela reste raisonnable. Au bout de six cents, vers 1400, nous en sommes à 2^20, soit plus d’un million. Au bout de neuf cents, vers 1100, nous en sommes à 2^30, soit plus d’un milliard. Sachant que ce n’est qu’au XIXème siècle que la population mondiale a atteint le milliard, cela devient problématique. Autant vous dire que lors du sacre de Charlemagne en l’an 800, nous aurions théoriquement 2^40 ancêtres, soit… plus de mille milliards d’ancêtres, quelques centaines de fois plus que le nombre d’êtres humains que nous sommes actuellement sur Terre, rien que ça.

7-milliards-d'autres7 milliards d’Autres, Yann Arthus-Bertrand

Mais comment fait-on pour avoir 2^40 ancêtres ??? Ils sortent bien de quelque part ! C’est simple, il y a des doublons, les fameux implexes. Ils peuvent provenir de mariages consanguins, mais ils sont surtout le fruit de longues lignées, descendant du même ancêtre, qui finissent un jour par se recroiser. Et moins vos ancêtres avaient la bougeotte, plus vous risquez de retrouver des implexes.

Tout cela est bien joli, me direz-vous, mais quel rapport avec les Cullin et les Lairot du début ? Vous avez certainement, tout comme moi, des branches que vous affectionnez plus que d’autres, dont les membres ont acquis une certaine proximité intellectuelle (à défaut d’une proximité temporelle et géographique). Que vous avez l’impression de connaître, alors que vous ne parviendrez pas à mobiliser le moindre souvenir sur votre Sosa 327 (ah, si, au vu du numéro, vous pourrez dire que c’est une femme).

Cela peut être à cause d’un nom de famille, d’un événement marquant, ou, paradoxalement, parce qu’ils vous ont bien (hum, ne soyons pas vulgaire) fait transpirer. Eh, oui, que voulez-vous, ceux qui vous en ont fait baver (toujours pour rester poli, quoiqu’un peu plus familier) deviennent souvent attachants. J’en possède une petite collection. Et parmi ceux-ci il y a les ancêtres de Christine Charlotte Cullin (la grand-mère paternelle du grand-père maternel de ma mère, me suivez-vous ?), née en 1824 à Tharoiseau, dans l’Yonne, et décédée en 1902 à Paris.

Cullin-Christine-Charlotte-1824-1902-signature-1875Signature de Christine Charlotte Cullin.

Pourtant, rien n’aurait dû être compliqué, car tous ses ancêtres sont nés, se sont mariés et sont décédés à Tharoiseau (avec quelques excursions peu mirobolantes dans les villages des environs). Tout cela est bien joli, me direz-vous (ce à quoi je vous répondrai que vous vous répétez), mais quel est le rapport avec les implexes ?

Eh bien, si les choses ont été si complexes, c’est justement à cause des… implexes. C’est parmi les ancêtres de Christine Cullin que les implexes sont présents le plus tôt dans ma généalogie. Et pas à cause des « longues lignées qui finiront par se recroiser un jour peut-être », non. Car Christine Cullin est issue de mon seul vrai gros cas de mariage consanguin. Avec plusieurs degrés de surcroît. Un casse-tête très, très sympathique. Au début, j’ai même cru m’être trompée, car le taux d’implexe est vite devenu vertigineux.

Pour démêler cet embrouillamini, il fallait avoir la tête bien accrochée, tant chaque acte offre une impression désagréable de déjà vu. Outre une profusion de mariages consanguins, ce qui implique une redondance excessive des mêmes noms de famille, le stock de prénoms à Tharoiseau laissait considérablement à désirer. Ce qui est gênant quand, comme en de nombreux lieux, on attribue systématiquement à un garçon le prénom de son parrain et à une fille le prénom de sa marraine.

Pour mieux vous donner le tournis, voilà un petit aperçu du casse-tête. Le père de Christine Cullin se prénommait François. Il était à la fois père d’un François (Marie) Cullin, oncle de deux François Cullin (et d’un Charles François Cullin), petit-cousin d’un François Cullin, et pour couronner le tout, fils d’un François Cullin !

Je dirais même mieux : François Cullin (1796-1862, maréchal-ferrant et maire de Tharoiseau), époux de Marie Lairot (1800-1881), était fils de François Cullin (1776-1840, vigneron), et de… Marie Lairot (1777-1861). De quoi attraper la berlue. Alors quand on sait que Marie Lairot (1800-1881) était fille d’un Lairot et d’une Cullin (et elle-même apparentée à plusieurs Marie Lairot)… On a la sérieuse impression de voir double (si ce n’est triple).

Et c’est là qu’apparaissent les implexes. Car François Cullin et Marie Lairot (les jeunes) étaient cousins (par leur côté Cullin). Mais non content d’être cousins, ils étaient aussi (roulements de tambour) cousins issus de germains (par leur côté Lairot).

Cullin-implexeLes ancêtres de Christine Charlotte Cullin

J’ai remonté intégralement six générations d’ancêtres de Christine Cullin. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses ne s’arrangent pas… Ce n’est plus vraiment la faute aux mariage consanguins, cette fois-ci, mais aux lignées qui se recroiseront un jour peut-être (bref, vous m’avez comprise).

Voilà un petit tableau pour se faire une idée.

Cullin-implexe-tableau* Taux d’implexes = (nombre d’ancêtres théorique – nombre d’ancêtres réel) / nombre d’ancêtres théorique.

Il est tout à fait normal que le taux d’implexe augmente avec le temps (de toute façon, il ne peut pas diminuer), mais là il augmente très fort, et très vite. A la sixième génération, au lieu des 64 ancêtres que l’on devrait théoriquement trouver, il n’y en a plus que 28, moins de la moitié. A côté des banals doublons, certains de mes ancêtres réussissent même l’exploit d’être présents à quatre reprises dans ma généalogie. Voyons le côté positif des choses : cela fait plus de moitié moins (sic) de recherches à effectuer !

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4 commentaires pour Complexe implexe

  1. Ping : Jumeaux, mais… | Canopée

  2. Je sentais bien que j’allais aimer votre blog : on s’y instruit, on s’y amuse et on s’y prend de passion pour d’illustres inconnus dans d’illustres coins perdus. J’adore la généalogie ! Le tout dans un français irréprochable.
    Pour ce qui est de la consanguinité, j’avoue que c’est l’un de mes moteurs quand je suis en pleine recherche au sein d’un paysage rural un peu morne où les ancêtres agriculteurs succèdent, génération après génération, aux mêmes ancêtres agriculteurs. Tout à coup, un nom déjà vu apparaît… « Tiens ? » ou alors c’est une mention de parenté dans un acte « Ha ha ! » et l’arpentage numérique des pages jaunies reprend un attrait particulier jusqu’à ce que le mystère soit levé.
    Très généalogiquement,
    Rémi

    Aimé par 1 personne

    • Pauline dit :

      Merci beaucoup ! Si j’écris, c’est pour toutes les raisons que vous venez d’indiquer, je suis donc ravie de savoir que cela plaît. Et je vois que nous avons la même vision des choses !
      Je suis pour ma part une grande abonnée des lignées de « laboureurs / cultivateurs / vignerons / manouvriers », mais cette branche-là est la seule à m’avoir fait la surprise de la consanguinité à grande échelle. Quoi que les mauvaises langues en disent, mes ancêtres vosgiens étaient beaucoup plus sages !
      Généalogiquement vôtre,
      Pauline

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  3. Ping : 6 mois ! | Canopée

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