1er août 1914 : « Jaurès s’en va ; la guerre arrive »

Ce titre est issu d’un article de l’Humanité publié le 2 août 1914.

La veille, on a assassiné Jaurès. En ce premier jour d’août 1914, l’événement fait la une des journaux, et particulièrement celle de l’Humanité, le journal qu’il a fondé dix ans plus tôt.

1914-08-01 L'Humanité Jaurès assassinéL’Humanité, 1er août 1914 (Gallica)

Jean Jaurès, 54 ans, député, membre éminent de la SFIO, était un farouche partisan de la paix. Son pacifisme lui avait d’ailleurs valu quelques inimités parmi les nationalistes, et les actions qu’il a menées ces derniers jours en faveur de la paix ont exacerbé la haine de certains à son égard. Raoul Villain, militant nationaliste de 29 ans, légèrement déséquilibré, est de ceux-là. Il se met en tête d’assassiner Jaurès.

Le 31 juillet, dans la soirée, il tire sur l’homme qu’il considérait comme un traître (crime dont il sera acquitté en 1919). Jean Jaurès s’effondre, la paix meurt avec lui : le lendemain, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, et le président de la République, Raymond Poincaré, rentré en catastrophe à Paris le 29, ordonne la mobilisation générale. Les socialistes ne feront pas de vagues, ils se rallient à « l’Union sacrée », terme employé dans un message du président Poincaré publié le 5 août 1914. Le mot d’ordre est désormais celui-ci : patriotisme.

1914-07-30 La Presse Retour de Russie de PoincaréLa Presse, 30 juillet 1914 (Gallica)

Patriotisme, oui. L’Alsace-Lorraine fait brusquement sa réapparition. Le discours devient anti-allemand. On accuse l’Allemagne d’être responsable de la situation, d’avoir poussé l’Autriche à rédiger un inacceptable ultimatum, afin que ses adversaires déclarent la guerre, et assument eux-mêmes la responsabilité d’un conflit majeur. L’ennemi n’est pas tant l’Autriche que l’Allemagne, ennemi « orgueilleux, patient et sournois qui, depuis quarante ans, ne lui a pardonné [à la France] ni sa défaite matérielle, ni sa victoire morale« , l’Allemagne, accusée de duplicité par le Figaro ce 2 août 1914.

Depuis la guerre de 1870 et l’annexion de l’Alsace et de la Moselle, les relations entre la France et sa voisine n’ont jamais été au beau fixe. La déclaration de guerre autrichienne du 28 juillet met définitivement le feu aux poudres. Tout s’accélère. La Russie, décidée à soutenir la Serbie, mobilise. Le 31 juillet, l’Allemagne déclare l’état de guerre et envoie un ultimatum à la Russie, afin d’obtenir la levée de la mobilisation. Le même jour, elle adresse également un ultimatum à la France, lui intimant de rester neutre, et de prouver sa bonne volonté en lui remettant les places fortes de Toul et de Verdun. Un ultimatum provocateur et inacceptable.

Les positions de l’Allemagne et de la France montrent une chose : le conflit entre les deux pays n’est pas tant une question d’alliance, qu’une question purement franco-allemande. Le moyen de solder un conflit lardé qui s’éternise depuis des années.

1914-08-03 Le Petit Parisien Frontière franco-allemandeLe Petit Parisien, 3 août 1914 (Gallica)

Le 1er août, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie. La France ordonne la mobilisation générale. Le président déclare toutefois dans une proclamation à la Nation française que « la mobilisation n’est pas la guerre« . L’ambassadeur allemand est toujours à Paris, certains veulent encore espérer.

Mais le 2 août, premier jour de la mobilisation française, les Allemands violent la neutralité du Luxembourg, et quelques uns traversent les frontières françaises. Le 3, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Le 4, la violation par l’Allemagne de la neutralité belge décide le Royaume-Uni à intervenir à son tour. Des pays engagés dans les mécanismes de la Triple Alliance et de la Triple Entente, seule l’Italie restera neutre, jusqu’à ce qu’elle s’engage contre ses alliés aux côtés de la Triple Entente en 1915.

Ce 4 août 1914, on enterre la paix, et on enterre Jaurès. Le gouvernement, les grands journaux, ont condamné son assassinat, déploré sa mort, mais nul ne suivra son esprit. Qu’il meure ou qu’il vive, la situation était telle que cela n’aurait sans doute pas changé les choses, mais le fait est là : « Jaurès s’en va ; la guerre arrive« .

1914-09-20 Le Petit Journal Sus au monstre !Le Petit Journal, 20 septembre 1914 (Gallica)
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Un commentaire pour 1er août 1914 : « Jaurès s’en va ; la guerre arrive »

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