Une centenaire née… au XVIIe siècle !

Marie Colle aurait pu faire l’objet du Généathème d’octobre, 100 mots pour une vie. J’ai fait un autre choix, en vous racontant la vie de mon ancêtre Marie Anne Bisch. Marie Colle est l’exact opposé de cette dernière. Alors que l’Alsacienne Marie Anne Bisch n’a pas vécu trente ans, la Vosgienne Marie Colle en a vécu plus de cent. 101 exactement.
Marie Colle est la seule centenaire parmi mes ancêtres. Et elle a vécu au cours d’une période que l’on aurait pu supposer peu propice aux records de longévité. Car Marie Colle est née dans les Hautes-Vosges, à Ramonchamp, dans le troisième quart du XVIIe siècle.

Centenaire COLLE Marie 1774 D Le MénilActe de sépulture de Marie Colle (AD-88 Le Ménil BMS 1774-1775)

L’acte de sépulture de Marie Colle m’a fait ouvrir de grands yeux. Cent trois ans ?!? Je ne parvenais pas à y croire. Pourtant, le curé paraissait assez catégorique. Et il y avait cette mention d’un « grand nombre d’autres habitants qui ont assisté à son convoi funèbre ». Ce n’est pas tous les jours qu’on enterre une centenaire. Ce n’est pas tous les jours qu’on enterre la mémoire d’un village.

Tout de suite, j’ai voulu vérifier. Verdict : le curé avait presque raison. Un « presque » que je ne m’explique pas. Quitte à être précis, autant l’être jusqu’au bout, alors pourquoi cette erreur ? Mystère… Marie Colle n’a pas vécu 103 ans, elle n’en a vécu « que » 101. Voici son histoire. En plus de cent mots. Une histoire que j’ai voulu mettre en parallèle avec celle du duché de Lorraine, même si la « petite histoire » n’a sans doute pas été beaucoup influencée par la « grande ».

Histoire d’une vie

Marie Colle est née le 2 février 1673 dans la paroisse de Ramonchamp, au hameau du Prey. C’est le quatrième enfant du couple formé par André Colle et Marie Freschin, mariés au même lieu quelques années plus tôt, en 1667. Six petits frères et sœurs viendront rejoindre la fratrie. Ils se marieront tous, sauf un (dont je suppose qu’il est décédé en bas-âge, les sépultures des enfants n’étant pas mentionnées dans les registres).

Le 15 novembre 1695, à Ramonchamp, Marie Colle, vingt-deux ans, épouse Nicolas Valdenaire, originaire du même lieu. Le couple aura huit enfants. Qui se marieront tous. Sauf un. Décidément, la mortalité infantile, si fréquente, ne semble pas avoir de prise sur cette famille. Marie n’a pas quarante ans lors de la naissance de son dernier enfant, Anne, une petite fille née en 1712. Mon ancêtre.

Elle devient grand-mère dix ans plus tard, en 1722. Sa petite dernière ne se mariera qu’en 1740. Alors que les naissances de petits-enfants alternent avec celles des arrière petits-enfants, Marie se retrouve veuve. Son époux, Nicolas Valdenaire, avec qui elle partageait sa vie depuis plus de cinquante ans, décède le 7 juillet 1749 au Ménil, village où le couple vivait depuis son mariage. Rattaché originairement à la paroisse de Ramonchamp, il constituait depuis 1736 une paroisse indépendante.

Marie Colle y décède le 7 mars 1774, à l’âge de 101 ans. Son fils, Charles Valdenaire, qui signe l’acte de sépulture, est le seul de ses enfants à lui avoir survécu.

Note : Marie Colle avait un certain « passif » en matière de longévité : sa mère, décédée en 1735, aurait été âgée de 92 ans.

 

Mémoire d’une époque

Marie Colle voit le jour et grandit à l’extrême sud d’un duché de Lorraine occupé par le royaume de France. Elle est mariée depuis peu lorsque le duché est restitué à son héritier légitime, Léopold Ier, dit le Bon, élevé en exil à la cour d’Autriche. Une restitution sous surveillance, intervenue à la toute fin du XVIIe siècle.

Quand Léopold décède en 1729, Marie est grand-mère depuis quelques années déjà. François III succède à son père. Il ne restera pas duc de Lorraine très longtemps. En effet, le duché, enclavé dans le royaume de France, excite la convoitise de son puissant voisin. Qui ne veut surtout pas qu’il tombe entre les mains du Saint-Empire romain germanique. Or qui a épousé François III ? Une certaine Marie-Thérèse d’Autriche, fille de l’empereur, qui a expressément fait d’elle son héritière par le biais de la Pragmatique Sanction.

La guerre de Pologne est l’occasion parfaite pour régler les dissensions entre ces deux puissances. A la fin des années 1730, elles parviennent à un accord. La France reconnaît la Pragmatique Sanction ; l’Autriche renonce au duché de Lorraine ; François III hérite du duché de Toscane (il finira ses jours comme empereur) ; Stanislas Leszczynski, ex-roi de Pologne, et beau-père de Louis XV, abandonne ses prétentions et se retrouve duc de Lorraine à titre viager. A sa mort, le duché doit revenir au royaume de France. Lors de la conclusion de cet accord, Marie a déjà plus de soixante ans.

Alors que Marie est désormais arrière grand-mère, à une centaine de kilomètres plus au nord, Stanislas, qui refuse obstinément de mourir pour laisser son gendre s’emparer (enfin) de la Lorraine, transforme la physionomie de la ville de Nancy, et conquiert le cœur des Lorrains. Marie est une très vieille dame lorsque Stanislas, son cadet de quatre ans, décède des suites de graves brûlures au château de Lunéville, le 23 février 1766. Elle a 93 ans, et la Lorraine vient de devenir française.

Marie Colle décède le 7 mars 1774 au Ménil, à l’âge de 101 ans. Elle précède dans la tombe le roi Louis XV de deux petits mois seulement.

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