23 octobre 1914 : Eugène est prisonnier (1)

Il y a maintenant plus de deux mois que j’ai publié mon dernier article sur la première guerre mondiale. Nous avions suivi la marche à la guerre avec les journaux de l’époque, de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand aux premiers jours d’août 1914. Puis nous nous étions arrêtés à Gurgy, dans l’Yonne, avec la famille de mon arrière grand-père, Maurice Pernet, dix-neuf ans. Son frère aîné, Eugène, venait alors de partir rejoindre son unité, laissant derrière lui sa mère, son frère, son épouse et ses enfants.

Cet article parlera des recherches que j’ai effectuées pour retrouver la trace d’Eugène. Il sera suivi d’un second article (à paraître le 26 octobre) qui racontera la guerre d’Eugène.


Automne 1914. La journée de travail de Maurice vient de s’achever. Dehors, il fait déjà sombre. Et froid. Maurice se dépêche de rentrer chez lui. Il vient à peine de pousser la porte, et déjà il comprend que quelque chose ne va pas. Sa belle-sœur Alice est assise à la table de la cuisine, la tête entre les mains. Sa mère pose sur lui un regard désespéré. Elle se lève, s’approche de son fils et le serre dans ses bras.
Eugène… Qu’est-il arrivé à Eugène ? La question lui brûle les lèvres, mais il n’a pas le temps de la poser que sa mère lui a déjà fourni la réponse. Eugène a disparu. Est-il mort ? Est-il vivant ? Nul ne le sait. On pense qu’il aurait été fait prisonnier. On se raccroche à cette idée comme à une bouée de sauvetage. Alors que, dans un sens, c’est presque pire. Eugène… Oui, qu’était-il arrivé à Eugène ?

Sur la piste d’Eugène

Fiche-matricule-affectation

Extrait de la fiche matricule d’Eugène Pernet (bureau d’Auxerre, classe 1900, n°586 – AD-89)

Selon sa fiche matricule, Eugène a été affecté au bataillon de chasseurs à pied de Brienne-Rambervillers. Après recherches, j’en ai conclu qu’il s’agissait du 17e BCP (stationné à Rambervillers, puis à Baccarat), par ailleurs mentionné dans la partie « Indication des corps où les jeunes gens sont affectés » comme son lieu d’affectation dans l’armée d’active, tandis que la réserve indique Brienne-Rambervillers.

Le 13 septembre 1914, le jour où Joffre annonçait la victoire de la bataille de la Marne, Eugène aurait donc pris pied dans son enfer. La guerre de position venait de commencer. En deux semaines, elle fera perdre au 17e BCP le tiers de son effectif. Avec son bataillon, Eugène serait ensuite parti pour Lille, puis pour l’Artois. Il aurait été fait prisonnier, le 24 octobre 1914, à Saint-Laurent.

Fait-prisonnier

Extrait de la fiche matricule d’Eugène Pernet (bureau d’Auxerre, classe 1900, n°586 – AD-89)

Armée de ces informations, je me suis mise en quête du journal des marches et opérations militaires du 17e BCP. Et c’est là que tout se complique.

Car ce samedi 24 octobre 1914, le JMO mentionne… rien. Il ne mentionne absolument rien, exceptées de violentes fusillades. Événements du jour : néant. Pertes : aucune. Pour couronner le tout, le JMO indique un lieu, Souchez, près d’Angres. Or, le seul Saint-Laurent qui puisse correspondre, c’est Saint-Laurent-Blangy, près d’Arras. Ce n’est pas trop loin, certes. Mais pas la porte à côté non plus. Dix à quinze kilomètres, quand même. Bref, je suis perplexe.

La solution est venue de la mise en ligne des archives du Comité international de la Croix rouge. Je retrouve rapidement la trace d’Eugène, interné au camp de Münster III, à une centaine de kilomètres au nord de Düsseldorf. Les trois fiches qui le concernent vont donner un nouvel élan à mes recherches.

Fiches-CICR

Fiches concernant Eugène Pernet issues des archives du CICR.

La première fiche concerne sans aucun doute possible « mon » Eugène Pernet : le bataillon (17e BCP), le lieu (environs d’Arras), le contact (Gaillard est le nom de famille de l’épouse d’Eugène), tout concorde. Sauf la date : 25 octobre (année non précisée), mais on ne va pas chipoter. Par acquis de conscience, j’avais déjà vérifié le 25 octobre 1914 dans le JMO : il est tout aussi « blanc » que le 24, et tout aussi éloigné d’Arras.

C’est la deuxième fiche qui va m’apporter l’élément déterminant. La personne dont émane la demande de recherche permet de m’assurer qu’il ne s’agit pas d’un homonyme : Mme Pernet Eug, Gurgy par Monéteau (Yonne). Pas de doute possible. Sauf que le bataillon indiqué n’est pas le 17e BCP (stationné à Rambervillers), mais le 57e (à Brienne-le-Château), bataillon qui, merci Wikipedia, a été formé à partir du 17e BCP. Brienne-Rambervillers, tout s’explique.

Il suffit d’aller consulter le JMO du 57e BCP pour confirmer. Nous ne sommes plus ni le 24 octobre, ni le 25, mais le 23, à… Saint-Laurent-Blangy. Le JMO contient la liste des pertes de la journée. Parmi les portés disparus un certain… Pernet.

JMO-57eBCP

Extrait du JMO du 57e BCP (journée du 23/10/1914) – Mémoire des hommes.

Ne restait plus qu’à reprendre toute l’histoire…

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