L’or, la myrrhe et l’encens

Je me lance à mon tour dans l’aventure du Sosa 1000. Enfin, aventure, pas vraiment. Car il me disait étrangement quelque chose, ce Sosa 1000. Et je n’ai pas tardé à comprendre pourquoi : un article était prévu sur lui pour l’Épiphanie, article que je n’ai jamais écrit, et que j’ai reporté à l’année suivante. L’Épiphanie ?!? Ben oui. C’est que mon ancêtre porte un prénom quelque peu inhabituel. Il s’appelle Melchior.

Galette à la frangipane (brioche, si vous préférez, je ne suis pas contrariante), fève, couronne… A l’Épiphanie, on tire les rois : « Et celle là, c’est pour qui ? ». Une tradition populaire, mais avant tout une fête religieuse, qui rappelle une histoire qui se serait passée il y a plus de plus de deux mille ans, et dont voici un (très) très court résumé.

Nous sommes le 6 janvier de l’an 0 (hum… à peu de chose près). Des « mages » (trois selon la tradition) suivent depuis longtemps le chemin d’une étoile, qui annonce la venue d’un enfant un peu spécial. Ceux que l’on appellera les rois-mages viennent enfin d’atteindre leur destination : la ville de Bethléem, en Judée. L’étoile se trouve à l’aplomb d’une étable dans laquelle vient de naître un petit garçon, prénommé Jésus, auquel nos rois-mages, Melchior, Balthazar et Gaspard, apportent trois présents : l’or, la myrrhe et l’encens.

Les rois mages - Icône byzantineLes rois-mages, icône byzantine
(source : Wikipedia)

1737 ans et des poussières plus tard. Un petit Melchior Loos voit le jour. Il est le fils de Jacques Loos et d’Anne Marie Gartner, et l’arrière petit-fils, dans la branche paternelle, d’une certaine Anne Rohmer, dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler : c’était elle, la femme qualifiée de « fornicaria » par le curé de la paroisse d’Ebersheim lors de son mariage en 1670.

Melchior. Un prénom peu courant, inusité (pour autant je sache) dans la famille auparavant. Quelle idée a donc bien pu passer par la tête des parents ?

La réponse se trouve sur son acte de baptême. Enfin, non. Pas sur. Autour. Car Melchior Loos n’a pas été baptisé un 6 janvier, comme on aurait pu s’y attendre. Mais presque : son baptême a eu lieu une semaine plus tard. Une date, couplée à certaines circonstances, qui va divinement inspirer Monsieur le curé.

Car en ce 13 janvier 1737, il ne baptise pas un, ni deux, mais bien trois petits garçons. Trois enfants qui seront prénommés… Gaspard, Melchior et Balthazar !

Caspar, Melchior, BalthazarAD-67, Ebersheim, 1722-1749, vue 106
Tous les prénoms de cet article ont été francisés.

Si les prénoms de Gaspard et Balthazar sont (un peu) utilisés dans la paroisse (Balthazar porte d’ailleurs le prénom de son parrain), ce n’est à ma connaissance pas le cas de Melchior. Mon Sosa 1000 a donc hérité du plus étrange de ces trois prénoms.

Trois enfants, trois prénoms, trois destins. Gaspard Hinterlang décède un mois après sa naissance. Balthazar Kempf, d’après les informations que j’ai pu collecter sur Geneanet, était déjà quarantenaire lorsqu’il épouse une femme de deux ans sa cadette, dont il aura trois enfants qui ne vivront pas. Il décède à l’âge de 62 ans. Ni Gaspard, ni Balthazar ne seront jamais un Sosa 1000.

Restait donc Melchior. A l’âge de 22 ans, Melchior épouse ainsi Anne Marie Lang, d’un an sa cadette. Elle mettra au monde pas moins de dix enfants en dix-huit ans. L’aîné, François Joseph, est mon ancêtre.

Anne Marie décède en mai 1780. Melchior se retrouve à la tête d’une famille de huit enfants âgés de 19, (16, mais je n’ai ni acte de mariage, ni acte de décès), 14, 12, 8, 6, 5 et 2 ans. Il se remarie en septembre avec Catherine Ettmer. Le couple aura quatre enfants. Quatre garçons.

Les enfants de Melchior LoosLes enfants de Melchior Loos

Et c’est la qu’une petite musique ressurgit. Une histoire maintes et maintes fois répétée, qui devait trotter dans la tête de notre cher Melchior. Lorsqu’en 1783, après un premier petit garçon, Catherine accouche de jumeaux, on décide de les prénommer… Gaspard et Balthazar ! En 1788, un nouveau petit garçon vient compléter la fratrie. On l’appellera tout naturellement… Melchior.

Melchior est le dernier enfant de mon Sosa 1000. Celui-ci se retrouve en effet veuf deux ans plus tard. Il ne se remariera pas. Il est décédé le 13 mai 1820 à Erbersheim, là où il avait vécu toute sa vie. Il avait 83 ans.

Ce triple baptême du 13 janvier 1737 laissera son empreinte sur la dernière branche des descendants de Melchior Loos. Car Melchior fils sera le père en 1818 d’un petit Melchior, lui même père d’un enfant prénommé Melchior en 1852. Au total, ce seront pas moins de quatre générations d’hommes qui porteront ce prénom pour le moins original.

Loos Melchior 1788Acte de baptême de Melchior Loos fils en 1788 (AD-67, Ebersheim, vue 108).
La signature de mon Sosa 1000 se trouve en bas de l’acte.

Ce prénom peu banal qui n’a pas survécu dans la branche qui nous conduit jusqu’à moi. Voilà le chemin qui mène de Melchior Loos à mon arrière grand-mère :

1000 : Melchior Loos (1737-1820, 83 ans) : journalier, père de quatorze enfants, nés de deux mariages différents.

500 : François Joseph Loos (1760-1831, 70 ans) : tisserand, lui aussi père de quatorze enfants, nés de trois mariages différents. C’est le premier de sa lignée à avoir quitté Ebersheim.

250 : François Joseph Loos (1785-1864, 79 ans) : tisserand, père de huit enfants. Un drôle d’oiseau, qui a eu affaire à la justice, pour des raisons que j’ignore.

125 : Anne Marie Loos (1823-1903, 79 ans) : mère de dix enfants, elle s’est également occupée des enfants nés du premier mariage de son époux. C’est la première à quitter l’Alsace. Née à Kientzheim, mariée à Colmar, elle part avec son mari pour Golbey, dans les Vosges, entre 1875 et 1880.

Loos et LazarusA gauche, celle que je suppose être Anne Marie Loos. La photographie a sans doute été prise entre 1901 et 1903.
Au centre, son fils, Auguste Lazarus. A droite, Marie Lazarus, sa petite-fille, vers l’âge de vingt ans.

62 : Auguste Lazarus (1854-1918, 64 ans) : maçon, plâtrier d’art, père de onze enfants, dont quatre morts-nés. Bien que nul vivant ne l’ait connu, c’est, avec son épouse, la Pauline Gruntz, le plus ancien de mes ancêtres dont la famille ait gardé la mémoire. Il quittera lui aussi Colmar pour Golbey, quelques années après ses parents, entre 1883 et 1885.

31 : Marie Lazarus (1877-1922, 44 ans) : domestique à Paris, elle se marie dans la précipitation et accouche de mon arrière grand-mère quatre mois plus tard. Enceinte (en même temps que sa fille) de son quatrième enfant, elle décède d’une crise d’urémie, en revenant du marché.

15 : Simone Millot (1902-1993, 90 ans), mon arrière grand-mère, que j’ai peut-être connue, mais dont je ne garde aucun souvenir.

Publicités
Cet article, publié dans Non classé, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s