Mai 1915 : De nuit, sur les sentiers des Vosges

Le 8 mai 1915, le 120e BCP quitte Mattaincourt pour rejoindre en train La Chapelle-devant-Bruyères. Le voyage pour les pentes alsaciennes des Vosges commence. Le 9, il est à Clefcy. Le 12, après avoir été amené en camions jusqu’au Collet, il gravit le col du Hohneck. La suite de la marche s’effectuera de nuit, et en silence, car l’ennemi est proche. En ce coin d’Alsace où la France a conquis du terrain, sur des chemins de montagne défoncés par les trous d’obus, le bataillon avance vers sa destination finale : le Sattel.

Vue sur le Hohneck
« Blick auf die Spitzkoepfe und Hohneck » (vue sur les Spitkoepfe et le Hohneck)
Félix Luib, 1907 (Gallica)

Sous les sapins, il fait tellement noir qu’une fois arrivés, les hommes s’arrêtent et s’endorment là où ils sont. C’est ça ou risquer la chute en bas des pentes raides des Vosges. Le 13 mai, au réveil, après une nuit qui n’en était pas vraiment une, la fanfare entonne crânement la Sidi Brahim (qui commémore la bravoure des chasseurs lors de la bataille du même nom, bataille où ils se sont fait littéralement massacrés) et la Marseillaise.

Pour les jeunes gens de la classe 1915, qui forment la quasi-intégralité du bataillon, c’est la découverte des tranchées, et l’épreuve du feu. Pour le moment, elle ne prend que la forme de tirs d’artillerie de part et d’autre, mais le danger est bien présent. Le 14 mai, Marcel Huet, de la section de mitrailleuses, est le premier blessé : une balle l’a atteint au genou. Deux autres chasseurs seront blessés les jours suivants.

Trois jours, c’est apparemment tout ce qu’il a fallu pour que les jeunes de la classe 1915 s’habituent au bruit de l’artillerie et des avions. Le 16 mai, en effet, le rédacteur du JMO vante une « discipline de feu excellente » : « les Chasseurs sont devenus très calmes même dans les postes les plus périlleux« , affirme-t-il.

Le bataillon, qui a travaillé à la consolidation des positions françaises, est relevé le 19 mai. Il quitte le Sattel à 19 heures, par le même chemin qu’à l’aller. Si ce dernier avait été pénible, le retour est pire encore. Il pleut à verse, il fait nuit, et, sur ces étroits sentiers de montagnes, coincés entre roches abruptes et précipices, il faut parvenir à faire de la place aux convois de mulets qui, en sens inverse, viennent ravitailler les positions françaises.

Hohneck Sentier du FrankenthalLe Hohneck – Sentier du Frankenthal
Carte postale Braun & Cie, 1920 (Gallica)

Après cinq heures d’une marche éreintante, le bataillon atteint finalement le Collet. Il est minuit et demi lorsque le convoi de camions s’ébranle. Épuisé, trempé, mon arrière grand-père, Maurice Pernet, a sans doute somnolé dans un de ces camions qui redescendaient les pentes des Vosges. Et, s’il ne l’a pas fait, sans doute l’a-t-il regretté.

Car à son arrivée à Corcieux (d’où est originaire une autre branche de mes ancêtres), les baraques sont encore occupées. Le bataillon patiente en piétinant dans la cour pour essayer de se réchauffer*.

Les jours suivants, on se repose, et surtout on nettoie. Un peu d’exercices, tout de même, mais l’essentiel est de reprendre des forces, et de l’allure ! Car le 24 mai, c’est le président de la République en personne, Raymond Poincaré, qui passe en revue les troupes.

Dès le lendemain, le travail reprend, avec une marche de 35 kilomètres. Mais l’on sait aussi célébrer, et, le 27, c’est retraite aux flambeaux : le bataillon fête l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de la Triple-Entente.

Dans les jours qui suivent, les manœuvres s’enchaînent. Le 1er juin, cours de « théorie pratique » (sic) sur les explosifs. Le 8 juin sont organisés des courses et jeux divers, avec une remise de prix pour les vainqueurs. Il est drôle de noter à quel point les évènements festifs interviennent toujours la veille des départs. Car dès le lendemain, le bataillon quitte Corcieux en autobus : il retourne en Alsace.

* Il s’agit d’un point de divergence entre le JMO : arrivée à 2h30 / installation dans les baraquements, et le texte Notre bataillon le 120e chasseurs, qui décrit une arrivée au petit jour et une attente avant de pouvoir enfin s’installer dans les baraques. Quant à l’heure d’arrivée, je donne ma préférence au JMO. Pour le reste, mystère.

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4 commentaires pour Mai 1915 : De nuit, sur les sentiers des Vosges

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  2. Après avoir été transportés en automobile au Collet, le 9 mai, mon arrière-grand-père et le 23è BCA ont été affecté à la défense du Sillacker. Ils étaient donc en même temps « sur les sentiers des Vosges »…
    Mélanie – Murmures d’ancêtres

    Aimé par 1 personne

  3. Ping : Juin 1915 : Le Lac Noir | Canopée

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