B comme Boîte

Hélène BoîteB-Hélène-Boîte

Une chose semble à peu près certaine concernant Hélène, déposée devant la porte de l’hospice le 16 avril 1817 : elle fut victime de la misère. « Mauvais bonnet », « mauvais drapeau », « mauvais fichu », constatera l’officier d’état civil.

Malgré les conditions peu favorables de sa venue au monde, Hélène a vécu. Le 11 avril 1843, à vingt-six ans tout juste, elle met au monde un petit garçon, qu’elle prénommera Pierre. Pierre Boîte, devenu vigneron, se mariera à la Celle-Saint-Cyr en 1867. Hélène sera présente à son mariage.

Jean Blois

Il est deux heures du matin, ce deux janvier, en plein hiver, lorsque le petit Jean, huit jours environ, est trouvé devant la porte de l’hospice. Rien ne le distingue vraiment des autres enfants que l’on a découvert là. Si ce n’est ce billet : « Il est baptisé. Il s’appelle Jean ».

Jean a pourtant une histoire peu ordinaire. Car il sera reconnu la veille de ses vingt ans, le 26 décembre 1837, par Marie Agathe Félix, veuve Letellier. Une reconnaissance dont sera notamment témoin Claude Joseph Lordonnois, trente-deux ans, avec lequel Jean a passé son enfance, et dont il partage la profession de tourneur en bois.

B-Jean-BloisAD-89, N 1837-1840, vue 59

Car oui, Jean est un enfant légitime, né à Joigny le 27 décembre 1817, sous le nom d’André Jean Letellier. Un enfant légitime, mais un enfant posthume. Son père, le cordier Claude André Letellier, 32 ans, est décédé exactement six mois plus tôt. Marie Agathe, sans doute privée de tout moyen de subsistance, a déposé son fils à la porte de l’hospice. A-t-elle guetté, dans le noir, que la porte s’ouvrait bien, a-t-elle voulu s’assurer que son bébé, on en prendrait soin ? Nous ne connaîtrons jamais la réponse.

Elle avait 39 ans lors de la naissance de son fils, et n’était mariée que depuis trois ans avec Claude André, qui avait déjà deux filles, Marie Élisabeth et Marguerite. Une petite Agathe Madeleine avait rejoint la famille un an plus tôt. Des trois filles Letellier, je n’ai pu retrouver la trace que de Marguerite. J’ignore ce que sont devenues les autres.

Le 17 juillet 1843 à Joigny, Jean Blois, désormais André Jean Letellier, 25 ans, épouse Catherine Verien, 21 ans. Le couple aura deux enfants : Marie Emélie (1844-1854) et Clémentine Claire (née en 1848).

La mère de Jean est décédée à l’hospice de Joigny, le 12 avril 1858. Je ne suis pas certaine que son fils lui ait pardonné son abandon, et ce n’est pas lui qui déclare le décès. Un décès qui en amène un autre. André Jean Letellier est décédé quelques mois plus tard, le 28 février 1859, laissant derrière lui une veuve, et une fillette de dix ans.

Angélique Ballot

Il fait plus que nuit noire lorsque l’on découvre la petite Angélique, ce 8 septembre 1821 à deux heures du matin. Le bébé a environ huit jours. Il est bien couvert. Et surtout, il a avec lui un paquet, qui donnera sans doute son nom à Angélique. Un ballot de vêtements : trois chemises, quatre béguins, trois drapeaux, deux langes.

B-Angélique-BallotAD-89, N 1821-1824, vue 36

Cette fillette, on ne peut la garder, mais l’on aimerait pouvoir, un jour, la récupérer. Alors on lui laisse une « marque », un ruban couleur d’amarante au bras gauche. Ainsi qu’un billet : « L’enfant est baptisé, se nomme Angélique. Je le recommande à ces dames. »

Et aussi : Grégoire Balai, Victor Balai, Paul Balance, Célestin Bandeau, Alexandrine Barreaux, Justin Bateau, Pierre Baumier, Eugénie Bertin, Eugénie Bertin, Antoine Bignidau, Louise Billard, Marceline Boëte, Eugénie Bosquet, Honoré Bouchon, Cyrille Bouleau, Pierre Bouleau, Edme Bourd, Jérôme Bouteille, Anastasie Bouvreuil, Léon Brazil, Célestine Brienon, Julie Brocard, Sabine Brouette, Joseph Brouillard, Geneviève Bruère.

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17 commentaires pour B comme Boîte

  1. wurtzele1 dit :

    Je me demande bien ce que veut dire « mauvais drapeau »? Un terme qui revient avec Angelique Ballot concernant ses affaires. Je dois avouer que je ne suis pas très calé en chiffonologie.
    Étonnant l’histoire Blois/Letellier, quant-à Angélique, comme elle est baptisée il y a peut-être moyen de la retrouver, c’est quand même moins courant que Marie 🙂

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    • Annick H. dit :

      Le drapeau est, si je me souviens bien du temps quand je changeais mon petit frere, le triangle de tissu que l’on mettait par dessus le lange est que l’on attachait avec des epingles de nourrice. Apres il y a eu des culottes plastifiees que l’on mettait a la place par dessus le lange.

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      • Pauline dit :

        Le terme m’avait intrigué (mais à force de voir des « drapeaux » en pagaille, c’est presque devenu « normal » d’où mon oubli d’expliquer ce terme). J’avais trouvé deux explications : la vôtre, et petit drap. Si j’en apprends plus dans l’intervalle, je vous en reparlerai à la lettre W (eh oui, l’officier d’état civil n’a pas couvert tout l’alphabet !).

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    • Pauline dit :

      Et concernant Angélique : il est possible qu’un enfant ait été déclaré avec ce prénom dans les villages alentours (j’avais tenté Joigny et quelques villages sans grand succès). Elle n’a peut-être pas été déclarée en mairie, il faudrait alors se mettre en quête des registres paroissiaux du XIXe…

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  2. Dominique dit :

    Thème qui me touche, ma grand-mère maternelle étant une fille illégitime ; la légende familiale disait que sa mère était morte en couches… Ce qui s’avéra faux.

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    • Pauline dit :

      Le poids du secret est parfois immense… Quelqu’un a fini par parler, ou bien l’avez-vous appris au cours de vos recherches ?

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      • Dominique dit :

        Je l’ai appris au cours de mes recherches. Elle ne l’a jamais dit, y compris à ses deux enfants et son mari a respecté la promesse qu’il avait dû lui faire de ne jamais mentionner quoi que ce soit à ce sujet.

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      • Pauline dit :

        Cela a dû vous faire un choc…
        C’est terrible de voir à quel point la chose était considérée comme une honte, au point qu’il a fallu vos recherches pour le découvrir.

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  3. feuillesdardoise dit :

    Très attachant. J’attends la suite de ces histoires maintenant chaque jour…

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  4. Pauline dit :

    Merci ! J’attaque les illustrations de la 2e semaine…

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  5. Catherine dit :

    Vraiment très touchants tous ces articles !

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  6. metallo42 dit :

    Je n’ai pas encore pu lire tous tes articles, mais ils sont très intéressants. J’ai noté une petite erreur pour André Jean Letellier qui est décédé en 1859 et non pas 1858. Bonne continuation

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