O comme Oseille

Charles OseilleO-Charles-Oseille

5 septembre 1819, 2 heures du matin. Lorsque la porte de l’hospice s’est ouverte, un bébé nouveau-né au bonnet coloré reposait derrière elle, un bébé avec un collier de perles autour du cou et un ruban jaune au bras gauche. L’officier d’état civil le nommera Charles Oseille. Le petit garçon est décédé dix jours plus tard à Cézy.

Mathieu Oseille

Le bébé abandonné ce 26 janvier 1821 à tout juste trois jours. C’est ce qu’il ressort du billet qu’on lui a laissé :

« Il est né et baptisé le 23 de janvier 1821 et se nomme Mathieu. »

Mathieu passera les premiers mois de sa vie à la Celle-Saint-Cyr, chez la veuve Marie Louise Gilbert, une femme de quarante ans environ. Qui sait, peut-être y apprendra-t-il même à marcher ? Il y décède le 2 avril 1822. Il avait un an et deux mois. Comme fréquemment pour les enfants trouvés, alors même que vous ne verrez jamais une femme déclarer le décès d’un de ses proches, c’est sa nourrice qui ira en faire la déclaration à la mairie.

Clémence Oseille

La fillette trouvée ce 24 octobre 1822, sur le coup des huit heures du soir, ne portait aucune marque. Un bébé nouveau-né, inscrit au registre matricule sous le numéro 40 (numéro qui la suivra jusque sur son acte de décès, 77 ans plus tard), qu’il allait falloir placer. Un nouveau-né qui eût plus de chance que ses deux prédécesseurs portant le nom « Oseille ».

1850. Clémence va sur ses 28 ans. Elle est domestique chez le Sieur Jacques Vincent, fermier aux Echarlis, sur la commune de Villefranche. Aux Echarlis vit également le maçon Victor Vincent, 33 ans (dont j’ignore quel est le lien de parenté avec Jacques Vincent). Le 5 avril, Clémence obtient l’autorisation des membres de la commission administrative de l’hospice de Joigny. Le 9, la voilà mariée.

O-Clémence-OseilleAD-89, Villefranche, M 1828-1854, vue 225

Un an passe. 10 mai 1851. Victor et Clémence deviennent les heureux parents de deux jumeaux qu’ils appelleront tout naturellement… Clémence et Victor ! Le couple n’aura pas d’autre enfant. Drôle de famille de quatre personnes que voilà, avec ses deux Clémence et ses deux Victor ! Une famille que l’on retrouve lors du recensement de 1872, dans lequel il est curieusement indiqué que Clémence est née à la Ferté-Loupière.

En 1875, Clémence fille épouse un domestique de son âge répondant au nom de Pierre (Antoine) Piètre (il sera ensuite cultivateur fermier). L’année suivante, le 12 décembre 1876, c’est au tour de Victor fils, maçon comme son père, de se marier avec Victorine Loury, une domestique de 19 ans. La journée a dû être mouvementée, Clémence fille ayant accouché de son fils aîné, Antoine Victor, deux heures à peine avant que son frère ne passe devant Monsieur le Maire.

O-Clémence-Oseille2Un 12 décembre 1876 riche en émotions…

Pierre et Clémence ont eu trois autres enfants à Villefranche, trois petites filles : Octavie (1881-1881), Victorine (1885) et Louise (1893-1978).

Clémence Oseille décède à Villefranche le 26 mars 1900. Son époux la rejoindra dans la tombe l’année suivante.

Et aussi : Victor Octobre, Ursule Oignon, Cécile Olive, Sylvain Orange, Narcisse Orange, Jules Oranger.

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2 commentaires pour O comme Oseille

  1. fobrice dit :

    Je discute de tes articles autour de moi.
    Et en discutant de l’espérance de vie avec mon épouse, elle m’a expliqué qu’elle avait vu, lors de ses études, que les bébés avaient été longtemps considérés comme des êtres ne nécessitant que d’être nourris et changés. Ce n’est que plus tard qu’on a compris qu’ils ressentaient, qu’ils avaient besoin de contact humain.
    On peut donc imaginer que ces petits se laissaient mourir pour ceux qui ne mourraient pas de maladie ou de mauvais traitement..
    j’ai également trouvé un article qui traite de la période : http://le-libertaire.net/labandon-des-enfants-au-xixeme-siecle/


    Fabrice

    Aimé par 1 personne

    • Pauline dit :

      Merci beaucoup pour le lien ! Concernant les bébés : j’avais vu un documentaire il y a un ou deux ans qui parlait des orphelinats, et, si je me rappelle bien la simple idée que pour grandir, un enfant a aussi besoin d’amour (et a minima, d’une réelle relation humaine) ne daterait que du XXème siècle (!).

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