Octobre 1915 : En Champagne, après la bataille

Lorsque le 120e bataillon de chasseurs arrive dans les décombres de Souain le 29 septembre 1915, la deuxième bataille de Champagne touche à sa fin. C’est à Souain qu’avait eu lieu en mars 1915 l’affaire des caporaux : quatre caporaux accusés d’avoir refusé de sortir de la tranchée pour attaquer (ce qui les aurait voués à une mort certaine) sont condamnés à mort et fusillés. Ils ne seront réhabilités que près de vingt ans plus tard.

La bataillon arrive dans la Marne, à la gare de Saint-Hilaire-au-Temple, le 27 à 17h. Il est enthousiaste, les nouvelles sont bonnes, d’autant qu’il croise sur sa route une colonne de prisonniers allemands. Ceux-ci auraient été délogés de leurs positions. Dans les rangs français, on veut croire que l’on boutera bientôt l’Allemand hors de France.

Souain en ruines (Gallica)Souain en ruines. Source : Gallica (BNF).

C’est donc dans une ambiance fébrile que le bataillon est réuni le 28 septembre pour une lecture de la note du général en chef au sujet de l’offensive en train d’avoir lieu, note qui fait appel au « dévouement et à l’esprit de sacrifice de tous« . Dans l’après-midi, les hommes sont équipés de nouveaux casques.

Le 29, à 1h du matin, le bataillon est alerté. A 3h, il quitte son bivouac. A 5h, il embarque dans des autobus en direction de Souain, à une vingtaine de kilomètres de là. Il apercevra en route des régiments de cavalerie, dont des cavaliers arabes. On murmure que la rupture de la ligne allemande serait proche. A 13h, il arrive au bois des Bouleaux, au nord de Souain. La journée – commencée fort tôt – est loin d’être terminée, puisqu’à 22h, il reçoit l’ordre de se porter en réserve, sous la pluie (et quelques obus).

Le 30, le bataillon piétinera un certain temps dans la boue et le froid avant de connaître son affectation : trois tranchées allemandes récemment conquises entre le bois Guillaume et Souain. Comme la veille, quelques obus tombent sur le bataillon.

Les jours qui suivent verront nombre de duels d’artillerie. Les hommes du 120ème occupent successivement divers boyaux – certains emplis de cadavres – qu’ils organisent.

Tranchée française à Souain (Gallica)Tranchée française à Souain. Source : Gallica (BNF).

Le 2 octobre, l’aviation française qui survole les lignes allemandes est violemment bombardée. Le 4, l’artillerie mitraille les positions allemandes toute la matinée sans interruption. Le bombardement continue avec violence toute la journée du 5. On « aplanit » le terrain pour l’attaque prévue le lendemain.

Dans la tranchée, les hommes se préparent « avec calme« , dira le JMO, à attaquer. Pendant que des gradés partent reconnaître les lieux, on consolide les positions et on s’approvisionne en eau et en munitions.

6 octobre, 3h15. Les hommes partent prendre position en réserve de première ligne. Les Allemands font usage de gaz lacrymogènes, et les chasseurs sont pour la première fois contraints d’utiliser leurs lunettes de protection. Le bataillon doit participer aux 4e et 5e vagues de l’attaque, mais ils n’avanceront finalement pas.

Les jours suivants, entre alertes et bombardements intermittents, le bataillon continue ses travaux de défense. Le 9 et le 10, plusieurs hommes sont ensevelis sous la terre par des obus.

120 Court 01-11-1915 Annonce humoristiqueLe programme des « réjouissances ».
La seconde bataille de Champagne vue par le 120 Court (numéro du 1er novembre 1915).
Source : Bibliothèque municipale de Lyon.

Le 11 octobre, l’intensité des bombardements diminue, et c’est dans un calme relatif que les hommes poursuivent leurs travaux. On s’organise des abris de fortunes, et on part à la chasse aux poux. Heureusement qu’il fait beau pour un mois d’octobre.

Les 23 et 24 octobre, le bataillon est relevé. Le 26, il prend le train en gare de Cuperly pour retourner dans les Vosges.


La seconde bataille de Champagne, commencée le 25 septembre 1915, fut meurtrière. Le 120ème BCP a la chance de n’arriver dans la Marne que le 27 septembre en fin de journée. Le gros des opérations est alors déjà passé, ou sur le point de l’être. Et c’est le général Pétain qui décide, devant l’ampleur des pertes, de suspendre les opérations.

Du côté français, ce ne sont pas moins de 27000 morts, 98000 blessés et 53000 prisonniers qui sont à déplorer, pour un front qui n’a évolué que de trois petits kilomètres. La grande offensive française voulue par Joffre a échoué à rompre les lignes allemandes.

En comparaison avec ces chiffres faramineux, le 120e BCP ne perdra « que » quelques dizaines d’hommes : une dizaine de morts, plus de cinquante blessés, quelques disparus, et une quinzaine de malades évacués. Bien loin des pertes subies au Linge.


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