Janvier-février 1916 : Dans le brouillard de Wisembach

Le 15 janvier, à la tombée de la nuit, le 120e bataillon de chasseurs relève un régiment d’infanterie dans le secteur de Wisembach, depuis la cote 721 jusqu’à 300 mètres Nord-Est de la Grande Cude. L’accueil allemand donnera le ton du séjour : une centaine d’obus.

Le 16, on apprend que le sergent Foulfoin, de la première compagnie, blessé au Linge et évacué, va recevoir la Médaille militaire et une prime de 500 francs, pour avoir capturé le premier drapeau à l’ennemi le 14 août 1914 à St Blaise, alors qu’il appartenait au 1er BCP.

Sergent FoulfoinLe sergent Foulfoin.
Extrait d’une photographie publiée par le Mois littéraire et pittoresque (juillet 1916-juin 1917).
Source : Gallica.

Les bombardements et leur riposte se suivent et se ressemblent, avec parfois quelques « notes » de contentement. Comme le 22 janvier, lorsque les obusiers français parviennent à détruire un blockhaus allemand, qui explose, ou lorsque l’on apprend, le 24, que les pertes allemandes de la journée sont assez sérieuses, et qu’un lieutenant est gravement blessé.

Le 4 février, les Français aperçoivent l’arrivée de nouvelles troupes allemandes, portant l’effectif à environ deux bataillons. Ils dispersent le rassemblement en tirant quelques obus. Dès le lendemain, le bombardement allemand s’intensifie : ce sont plus de cinq cent projectiles qui s’écrasent sur le secteur. Le surlendemain, le rédacteur du JMO, sans doute un peu blasé, indiquera : « bombardement habituel ».

Le 9, le bombardement allemand est particulièrement violent, de même les jours suivants. Le 12, il redouble encore d’intensité : ce sont des milliers d’obus de tout calibre qui s’abattent sur les positions françaises, bouleversant boyaux et abris, et rendant toute liaison avec l’arrière impossible. Les Français se doutent très bien de ce qui les attend : les Allemands s’apprêtent à attaquer.

Mais ils avaient beau l’avoir prévue, l’attaque allemande sur 766 est une surprise en raison d’un épais brouillard qui réduit la visibilité à quelques mètres, et du bruit des canons qui a masqué l’avancée ennemie. Lorsque les Allemands sortiront du brouillard, les sentinelles donneront aussitôt l’alarme, en tirant ou en appelant les chasseurs restés dans les abris, mais l’ennemi parviendra à atteindre la tranchée avant que tous les hommes n’aient pu la quitter.

Eglise-WisembachL’église de Wisembach, incendiée par les Allemands en 1914.
Source : AD-88.

On informe le commandant de 766, qui prévient l’artillerie et le commandant du sous-secteur par coureur, car le téléphone est rompu, et les liaisons optiques impossibles à cause du brouillard. Un coureur qui aura bien du mal à remplir sa mission, car il devra franchir un espace mitraillé par l’artillerie allemande. Le tir de barrage français ne sera donc déclenché que tardivement.

Le chef de bataillon, averti de l’attaque, envoie la deuxième compagnie, alors en réserve, sur le front. Une compagnie fait savoir qu’elle a éprouvé des pertes et que de nombreux fusils sont hors services, une autre qu’elle a dû se replier. Les ordres s’enchaînent les uns après les autres afin de limiter les dégâts et de refouler l’attaque allemande. Il fallut cependant attendre l’arrivée des renforts du 253e RI pour que les Français parviennent enfin à présenter un front continu.

Le 13 février, vers 6h du matin, après une nuit éprouvante, les 2e et 3e compagnies, appuyées par des éléments du 253e RI, contre-attaquent à la grenade pour reprendre les positions perdues. Moins de quatre heures plus tard, elles les avaient récupérées en totalité. Jusqu’à 17h, les Allemands bombarderont les tranchées reprises par les Français.

Annonce-humoristique-120-CourtAnnonce humoristique parue dans le 120 Court.
Source : Bibliothèque municipale de Lyon.

Dans la soirée, une partie des compagnies ainsi qu’une section du peloton de mitrailleuses sont relevées. Elles partent pour la caserne Kellermann, à Saint-Dié-des-Vosges. Le reste du bataillon les y rejoindra le lendemain.

Le rédacteur du journal conclut : « En quittant le sous-secteur de Wisembach qui lui a été confié, le bataillon est fier encore une fois de l’oeuvre accomplie. Pas un instant l’ardeur combative des chasseurs ne s’est ralentie ; au lieu de refroidir leur bonne volonté, les pertes cruelles subies n’ont fait qu’exacerber leur énergie et leur bravoure. Le bataillon laisse en outre tout un travail d’organisation nouvelle du sous-secteur, en harmonie avec les instructions les plus récentes d’étude défensive ».

Le général commandant la Division remercie la 257ème Brigade, en mettant l’accent sur la température particulièrement inclémente. Il remercie aussi plus spécialement le commandant Rousseau pour « la part brillante prise par le 120ème Bataillon de chasseurs au combat du 12-13 février ».

Wisembach aura coûté une centaine d’hommes au 120e BCP : une quinzaine de morts, près de soixante blessés et une trentaine de disparus.


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