Le café de Saint-Dié

Saint-Dié, dans les Vosges. Nous sommes à la mi-février 1916, peut-être. Maurice Pernet, 20 ans et des poussières, 1ère classe au 120e bataillon de chasseurs, s’apprête à sortir de la caserne Kellermann où son unité est cantonnée. Il bénéficie d’une permission de quelques heures, dont il entend bien profiter après le rude temps qu’il a eu à Wisembach.

A la sortie, il s’enquiert d’un endroit où il pourrait manger un morceau et oublier un peu la guerre. On lui conseille une « bonne maison », un petit café à proximité, bien connu des hommes du 3e BCP qui occupent normalement la caserne. Il est situé rue d’Alsace : il lui suffit de se diriger vers l’église, que l’on peut apercevoir au loin après quelques minutes de marche, et il le trouvera sans peine, au numéro 20.

caserneLa caserne Kellermann, rue d’Alsace, à Saint-Dié. Source : Delcampe.

Et voilà Maurice Pernet parti dans la direction indiquée. Lorsqu’il franchit la porte du « Café nancéen », il ignore encore qu’il vient de lier définitivement sa vie à cette terre des Vosges.

Le café appartient depuis environ dix ans à Louis Millot, 43 ans, un Nivernais passé par bien des métiers, actuellement mobilisé, et à son épouse Marie Lazarus, 38 ans, une Alsacienne élevée à Golbey, près d’Epinal. Le couple s’est rencontré à Paris, où ils étaient tous deux domestiques. Ils se sont mariés en catastrophe en décembre 1901, alors que Marie était enceinte de plus de quatre mois.

L’enfant qui est arrivée un peu trop tôt, c’est Simone. Elle aura bientôt quatorze ans. Elle a quitté l’école l’an passé et depuis, c’est elle qui tient la caisse.

Des soldats, elle a l’habitude d’en voir. Mais celui-là, elle le remarque. Et même elle l’observe, à la dérobée. Il a une bonne tête, un air gentil, il est poli et bien élevé. Maurice remarque-t-il l’intérêt dont il est l’objet ? A-t-il retenu le visage de la toute jeune Simone ? Je l’ignore.

Toujours est-il qu’il reviendra régulièrement au Café nancéen. Il avait « l’air de s’y plaire ».

café-nancéen
Rue d’Alsace, vue sur l’église Saint-Martin. Source : Delcampe.
On distingue à droite l’enseigne du Café nancéen (c’est grâce à cette carte postale que
j’ai appris le nom du café, dont je ne connaissais que l’emplacement).

A tel point que Maurice ne retournera pas dans son Auxerrois natal. La guerre a duré, 1916 a passé, puis 1917, et 1918. Simone a grandi, ce n’est plus la « petite fille » qu’il a rencontrée, un jour de février 1916. Lorsque la guerre s’achève, elle a 16 ans. Maurice, lui, va sur ses 23 ans. Il est démobilisé tout juste un an et une semaine après l’armistice, le 18 novembre 1919. L’Yonne lui tend les bras, mais c’est dans les Vosges qu’il décide de rester, auprès de celle qu’il épousera dans quelques mois, mon arrière grand-mère, Simone Millot.

La guerre a parfois des conséquences inattendues…


Cet article est une vision légèrement romancée de la rencontre entre mes arrière grands-parents, mais je ne tire pas ce récit de nulle part. Il s’agit en effet d’un mélange entre la mémoire familiale et les informations que j’ai pu glaner dans les archives. Je n’ai pas osé m’aventurer trop loin  dans les impressions des uns et des autres, afin de ne pas dénaturer une histoire dont je ne connais au final que des bribes. J’ignore le nom de l’homme qui conseilla ce café à mon arrière grand-père, mais je lui adresse tous mes remerciements.

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7 commentaires pour Le café de Saint-Dié

  1. Evelyne dit :

    Simone avait osé, avec l’accord de sa mère, l’envoi d’une carte postale que Maurice a gardé sur son cœur toute sa vie. Quand il est revenu, et lui a parlé de son petit mot, elle a fait l’étonnée…
    C’est leur fils Daniel qui a conservé précieusement la carte après la mort de Maurice. Ce qu’est devenu cette carte, je l’ignore.
    Avant tout engagement, les parents de Simone ont demandé des renseignements sur ce jeune homme qui voulait épouser leur fille. Le curé de Gurgy a écrit un éloge.

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    • Pauline dit :

      Merci beaucoup Evelyne (j’ai édité tes deux commentaires pour rassembler le nom et le message) ! Je n’avais jamais entendu cette partie de l’histoire. Comme quoi… je ne suis pas au bout de mes surprises. J’aimerais beaucoup que l’on puisse retrouver cette carte…

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  2. wurtzele1 dit :

    En tous les cas, c’est joliment raconté!
    Un beau billet pour la St-Valentin 🙂

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    • Pauline dit :

      Merci ! Disons que c’est bien tombé pour la Saint-Valentin : le 120e BCP a été sur Saint-Dié du 14 au 16 février 1916. Je comptais publier ce billet le 15, et puis je me suis dit que je ne pouvais pas me permettre de « louper » la date du 14.

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  3. Elisa dit :

    bel article et belle histoire, et tu la racontes très bien 😉

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  4. Sebastien dit :

    Superbement raconté! Génial! Merci!

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  5. Pauline dit :

    Merci pour votre enthousiasme ! 🙂

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