Juin 1916 : Le long de la Voie sacrée

La suite du parcours du 120e BCP, en route pour Verdun.


1er juin 1916, 1h du matin. Le 120e bataillon de chasseurs quitte Eulmont, en Meurthe-et-Moselle, et se dirige vers le sud-ouest. Il traverse Nancy, arrive à Vandoeuvre à 6h du matin, repart le lendemain à 5h30. Neuves-Maisons, Pont-Saint-Vincent, Blainville-sur-Madon, Maizières, et enfin Viterne, où les hommes arrivent à 9h30. Des noms qui ne parlent pas à grand monde au sein du bataillon. Les chasseurs chuchotent : où va-t-on ? On spécule, on s’inquiète. Ce n’est pas l’itinéraire vosgien habituel.

4 juin 1916. Brusquement, la situation se tend. La 129e division, dont fait partie le bataillon, cesse de relever du 39e corps d’armée. Les permissions, vaguement rétablies en avril, sont à nouveau suspendues. Le 6 juin, le bataillon regagne Pont-Saint-Vincent. Un train les y attend.

« Pour la …ème fois nous déménageons. L’embarquement qui, au début de la campagne, nous apparaissait comme une opération laborieuse, se fait maintenant avec une incroyable facilité.
Officiers, hommes, chevaux, voitures, armes, munitions, tout se case méthodiquement sans cris, sans désordre, sans heurt.
Le train démarre.
Où va-t-on ? »

Le 120 Court, n°20, 5 juillet 1916, Carnets de campagne

Le train file droit vers l’ouest. Dans la soirée, il s’arrête enfin dans la gare de Ligny-en-Barrois. Serait-ce alors… Verdun ?

Le 120e BCP passera les jours suivants dans son cantonnement de Velaines, au nord de Ligny-en-Barrois. Des exercices de lancement de grenades, de signalisation et de tir sont organisés, et huit chasseurs seront accidentellement blessés par l’explosion d’une grenade.

10 juin 1916, 5h30. Le 120e BCP commence sa lente progression vers le nord, vers Verdun. Vavincourt, d’abord. Courcelles-sur-Aire, le lendemain, où sont organisés de nouveaux exercices de lancement de grenades, d’utilisation des fusils-mitrailleurs et de pose de masque. Le général de brigade passe en revue les troupes, remet quelques décorations, avant le grand départ.

Voie-sacréeExtrait de l’illustration de couverture du livre La Voie sacrée, de Georges Thomas (1918)
Source : Gallica.

13 juin 1916. A 6 heures du matin, le bataillon quitte Courcelles-sur-Aire. Les hommes s’entassent comme ils peuvent dans des camions avec tout leur barda. Ils bivouaqueront dans le bois de Nixéville, sous une pluie battante, et dormiront dans la boue.

Le 14 juin, à 6h30, le bataillon gagne la citadelle de Verdun. Il s’apprête à relever des éléments du 403e RI. A 19h, il part de la citadelle par Belleville, suit pendant quelques temps la route de Bras-sur-Meuse, et prend ensuite le boyau parallèle à cette route. Les hommes ont de l’eau jusqu’aux genoux. Avant de parvenir à la ferme de la Folie, des guides conduisent les compagnies à leurs emplacements respectifs, situés sur le bois d’Haudromont et la partie ouest du bois de Nawé, entre le 106e BCP et le 78e RI. La relève n’est pas achevée que le bataillon déplore déjà son premier mort, ainsi que trois blessés.

« A tous les points de l’horizon, des flammes s’allument et s’éteignent instantanément sans qu’on puisse voir les monstres qui les crachent ; d’étranges oiseaux se croisent et sifflent dans l’air ; leur chute fait se cabrer les arbres et s’écrouler les rochers. Et parmi le hurlement des échos, les 75 rageurs jappent inlassablement.
Nous voilà en place ; le sol crevé, meurtri se dérobe sous nos pieds. Nous vivons sur un volcan.
Et c’est là pourtant, dans les boyaux nivelés et pestilentiels, dans cette succursale de l’enfer, qu’il va falloir pendant vingt jours conjuguer le verbe « Tenir ». »

Le 120 Court, n°20, 5 juillet 1916, Carnets de campagne

Tenir, oui. La relève n’aura pas lieu avant le 4 juillet 1916. 21 jours, donc, à tenir dans ce cauchemar qui vit défiler la plupart des troupes françaises. Tenir, dans un bois qui ressemble au mieux à un champ d’allumettes, dans des tranchées transformées en cours d’eau, avec une épée de Damoclès singulièrement palpable au-dessus de la tête. Mon arrière grand-père, Maurice Pernet, avait vingt ans lorsqu’il fut propulsé dans cet enfer qui, paradoxalement, lui a peut-être sauvé la vie.


En 1916, la route reliant Bar-le-Duc à Verdun, seule et unique voie de communication exploitable pour rejoindre le front, se transforme en une véritable autoroute : c’est un ballet incessant de camions et d’hommes, dans un sens et dans l’autre, qui transitent par ce que Maurice Barrès appellera la « Voie sacrée », une voie devenue un enjeu logistique majeur. On ne double pas, on ne s’arrête pas sur cette route, que l’on doit réussir à maintenir en état sans pour autant interrompre le flot de véhicules, sous peine de risquer de perdre la bataille.

Pour lire « Carnets de campagne » en entier ainsi que d’autres extraits du 120 Court, je vous invite à vous rendre sur le site du Mémorial du Ternois.


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