V comme Vitriol

Claire VitriolV-Claire-Vitriol

Ce 8 novembre 1821, la fillette nouvellement née découverte à la porte de l’hospice avait pour marque un simple morceau de coton rouge et blanc. L’officier d’état civil lui attribuera le prénom de Claire, et le nom de Vitriol. Vitriol… une étrange idée de plus à mettre au compte de l’adjoint au maire de Joigny (à moins qu’il ne faille en attribuer le mérite au receveur de l’hospice).

On lui avait laissé une marque, mais personne n’est jamais venu la chercher. Claire Vitriol a grandi, avec son drôle de nom, et son absence de racines.

V-Claire-Vitriol-mariageNous la retrouvons vingt-cinq ans plus tard, à une quinzaine de kilomètres de là, dans le bourg de Sépeaux, où Claire est domestique. 13 janvier 1847. C’est jour de fête : Claire Vitriol se marie. Elle épouse un maçon répondant au nom d’Honoré D’Outrepont. Au vu du nom, vous vous en doutez : lui aussi est un enfant abandonné.

Abandonné, mais pas trouvé. Honoré D’Outrepont est né le 8 mai 1813 à Sépeaux. En toute logique, il aurait dû s’appeler Honoré Michot. Fils naturel d’Agathe Michot, une servante, domestique chez Étienne Bourgeois, un laboureur de 50 ans, qui déclare la naissance. C’est lui qui lui « a donné les noms et prénoms de D’Outrepont Honoré« . C’est la seule et unique fois où j’ai rencontré ce cas de figure : une personne déclarant un enfant naturel sous un nom qui n’est pas celui de la mère (ou celui du père lorsque ce dernier le reconnaissait).

On en viendrait presque à se demander si Honoré n’est pas le fils d’Etienne Bourgeois, et s’il n’a pas été conçu de l’autre côté du pont, le bourg de Sépeaux bordant une rivière… Petite étrangeté supplémentaire : Honoré avait un frère jumeau qui n’a pas vécu, Désiré D’Outrepont. Alors quand on pense à la signification de tous ces noms… Ils ne doivent sans doute rien au hasard, et il n’est pas évident qu’ils fassent référence aux enfants…

D'outrepontDes prénoms dénués d’intention ? Pas sûr…

Bref. Bien que l’acte de naissance d’Honoré indique son ascendance maternelle, rien ne filtrera sur son acte de mariage : « enfant naturel de parents inconnus« . Mon œil.

Le couple aura deux enfants : Louis Honoré en 1848, et Auguste Apollinaire en 1852. Des enfants sans grands-parents, sans oncles, sans tantes. Des enfants qui se retrouveront bien vite orphelins : Claire Vitriol décède à Sépeaux, le 4 février 1858, à l’âge de 36 ans, suivie quatre ans plus tard par Honoré D’Outrepont, qui laissera derrière lui ses deux fils de dix et douze ans. Honoré D’Outrepont s’était entre temps (dès avril 1858) remarié avec une certaine Justine Cerfeuil, 39 ans, elle aussi… enfant de l’hospice de Joigny (où elle a été déposée en 1819). Il est probable que ce soit elle qui se soit occupé des enfants D’Outrepont.

Qui aurait cru que l’union improbable de ces deux abandonnés donnerait naissance à de nombreuses générations ?

Léon Violette

Léon Violette, trouvé à la porte de l’hospice de Joigny le 18 février 1815, doit son nom à son bonnet d’indienne blanc, imprimé de fleurs violettes. J’ignore ce qu’il est devenu.

V-Léon-VioletteAD-89, Joigny, N 1815-1816, vue 65

Charles Verré

Charles Verré est le plus vieil enfant abandonné à la porte de l’hospice de Joigny pour la période 1813-1822. Nous sommes le 21 avril 1817, il est vingt-deux heures, et l’enfant « exposé » ce jour-là a environ huit ans.

V-Charles-VerréAD-89, Joigny, N 1817-1820, vue 21

Il était vêtu d’une chemise, d’une veste, d’un gilet d’étoffe brune, d’une culotte de velours brun, d’une casquette grise, de bas de laine grise et de sabots. Ce petit Gavroche mis à la porte avait avec lui un mot lapidaire : « Il a été baptisé et se nomme Charles Verré« .

Et aussi : Cécile Vallier, Séraphine Verjus, Félicité Verjus, Anne Vernet, Marc Verseau, Sébastien Vervins, Anne Vidette, Tarcile Vigne, Alexandrine Violet, Richard Voiture.

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6 commentaires pour V comme Vitriol

  1. Raymond dit :

    Richard Voiture ! Ça collerait parfaitement avec mon article d’aujourd’hui ! Mais j’aime beaucoup le nom et le destin de Claire Vitriol et de sa famille.

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  2. feuillesdardoise dit :

    Huit ans ! Mais c’est affreux, il devait se souvenir de tout, de ses parents, de sa vie d’avant… Était-il orphelin?

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  3. Pauline dit :

    Aucune précision dans l’acte, il faudrait que je puisse me rendre à Auxerre vérifier si le dossier a été versé aux archives, et s’il contient d’autres informations. L’année 1817 (dont on reparlera) est une année un peu particulière : Charles Verré a plus que probablement été abandonné parce que ceux qui s’occupaient de lui n’avaient pas assez à manger (j’ai presque envie d’ajouter : n’avaient pas assez à manger pour leur propre famille, mais ce n’est qu’une hypothèse).

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  4. feuillesdardoise dit :

    Merci pour ta réponse. C’est vrai que l’on a souvent plus d’interrogations que de réponses et qu’il est difficile de rassembler tout le puzzle… Mais c’est justement tout ce qui fait le sel de ces petits morceaux de vie ! Encore une fois, merci de nous les raconter à ta façon, simplement et avec élégance.

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